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Francis Pâquet peint depuis plus
de vingt-cinq ans.
Un peintre
d’instinct d’abord fasciné par la figure humaine. Usant d’un réalisme
probant et plus académique dans les premières années, le geste se délie
au fil du temps, laissant place à une liberté de mouvement et une
approche sensitive qui sied aujourd’hui aux limites de l’abstraction. Un
moyen pour l’artiste d’y insuffler une intention par-delà l’image même.
Telle une trace, le corps, jadis masse, s’effile et se résume à quelques
traits tirés et qui renvoient à une idée de celui-ci. L’idée d’un corps
sans âge et sans nom mais qui évoque ses multiples failles et toute une
série d’affects qui s’y rattachent.
S’inspirant d’autres médiums de
création – notamment la danse contemporaine – où Pâquet nourrit son
univers créatif, le mouvement mis de l’avant dans son œuvre est
décomplexé de tout référent et nous plonge dans les profondeurs et
distorsions qu’il parvient à incarner.
Une sorte de vecteur par lequel
s’expose un chaos (dont l’artiste s’assure de contrôler le moindre coup
de pinceau) à la fois grave et ludique. Se jouant, vous l’aurez compris,
des oppositions qu’impose toute rhétorique, on s’amuse ici à conjuguer
les codes. Tout devient glauque et lumineux, sobre et exubérant. Et tout
devient forcément assujetti aux enclaves de la perception.
Actionnées, muées en mouvement, les formes dansent,
sautent et éclaboussent les inquiétudes de l’individu dans son
environnement. Sous nos yeux, les théories se bousculent et
s’entrechoquent dans un appel à défier l’immuable. Et le corps-sujet
semble glisser vers sa propre abnégation. Soumis à une érosion lente, il
se dissout peu à peu. Et de cette dissolution du perceptible naît une
nouvelle sensation d’épurement.
Une fresque soutenue par une palette de couleur qui mise
sur la puissance d’un pigment quasi-pur. Des environnements souvent
éthérés, où le sujet semble en apesanteur. A un fil du néant, du grand
vide, qui nous rappelle son immensité infinie. Et l’abjecte impuissance
de l’être qui s’y déploie tant bien que mal. Peintre du sensible, Pâquet laisse la couleur
s’inscrire dans son travail comme l’érosion de la marée sur le roc du
fleuve et des montagnes de son enfance
– comme l’automne sur la vallée de la Matapédia où il a grandit. Mais avant tout, Francis Pâquet peint à la croisée
des mondes. Dans un acte viscéral qui s’affranchit des conventions. Dans
la foudre et la lumière.
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© Copyright Francis Pâquet, 2010,2011